Les belles épaules, cette merveilleuse partie émergée de votre nudité


Le flétrissement… quelle femme ne craint pas de connaître un jour, quoi qu’elle en dise, ce hideux mot ? Les traits se creusent, les joues s’affaissent, la poitrine se cache, comme honteuse, et les belles formes de votre taille se mettent à devenir aussi plates que les vallées d’Ohini. Certaines parmi vous accepteront ces changements en philosophes, d’autres chercheront à les combattre. Dans les deux cas, dites-vous que vous aurez assez longtemps deux fidèles indicateurs de votre beauté : vos épaules.
De tous vos charmes, elles sont en effet les plus durables, à condition de bien savoir les entretenir. Entretenir ! Là aussi quel terrible mot, il semblerait que nous soyons destinées à ne faire que ça pour attirer les regards, mais c’est ainsi et, avouons-le, cela ne nous est pas forcément désagréable. 
Si vous poussez la coquetterie à vous parer d’une de ces robes du Kirkland évasées pour faire apparaître les épaules, vous aurez d’abord soin de vous demander si les vôtres sont agréable à regarder. Car après les courbes de votre beau visage, elles constituent celles qui font la liaison avec d’autres, plus cachées, que seul votre amant ou votre époux aura possibilité de découvrir. Elles sont, à l’orée du tissus de votre robe, la partie émergée de vos charmes les plus secrets. Autant dire qu’il ne faut pas les sous-estimer pour ne pas donner de fausses espérances. De belles épaules invitent au rêve, à un inconnu que seul le plus méritant de vos gents amis pourra découvrir. Vous avez une petite poitrine ? Ce n’est rien, si vous avez de belles épaules, vous saurez attirer les regards… et autre chose, à condition de ne pas brûler les étapes.

Exemple de gent ami qui se laisser aller.

Antoine de Galigny, dans son Manuel de bienséance à l’usage des jeunes amants, l’a en effet écrit : dans sa classification des différents baisers, il estime que le baiser sur l’épaule se situe entre le baiser sur les lèvres et celui sur le tétin. Il conviendra donc d’éviter de se laisser baiser ainsi en présence d’autres personnes. Mais revenons à ce qui fait qu’une épaule est belle.
En règle générale, il est toujours préférable d’être un peu grasse à cet endroit afin de ne pas faire saillir la clavicule et l’articulation. C’est toute la difficulté : être charnue en haut en veillant à ce que la graisse soit maintenue dans le reste du corps en des proportions raisonnables. Il est bon aussi que ces omoplates ne soient pas trop larges. De petite taille, elle permettent d’avoir les épaules tombantes et de tracer une belle courbe plongeant sous la robe et donnant à imaginer le galbe de vos bras (autre sujet de discussion). Si vous ne pouvez les avoir tombantes du fait de votre constitution, ce n’est pas grave, travaillez l’arrondi, le satiné et la blancheur. Pour cela, quelques conseils :
– Chaque matin au lever, procédez à des ablutions avec de l’eau très fraîche. Il faut le faire longuement, ne lésinez pas : au moins cinq minutes sur chaque épaule, avec un gant de lin et en des mouvements circulaires. Si Monsieur aime vos épaules, demandez-lui de procéder pendant que vous lisez quelques pages d’un bon livre, vous pouvez être sûr qu’il ne rechignera pas. Laissez-le les baiser si vraiment cela lui fait plaisir. C’est une petite permission qui contente à peu de frais.
– Pour les jeunes filles qui auraient de ces boutons rouges disgracieux qui peuvent apparaître à leur âge, il conviendra de veiller à pratiquer un régime dépuratif tout en massant matin et soir les épaules avec une solution d’eau tiède mélangée à de l’essence de myosotis. Très efficaces contre ces bourgeons juvéniles.
– Enfin, si l’éclat et la blancheur venaient à se faner, il existe un fard très facile à concocter : mélanger deux verre d’eau de rose à une cuillérée poudre de gingembre et cinq d’extrait de laurier. Eh oui, les plus férues de mythologies se souviennent sans doute que la déesse Laure était réputée pour la splendeur de ses épaules. 
Enfin veillez bien à votre nourriture. La chair ne messied pas aux épaules, mais des épaules trop bombées, en forme de grosses boules, n’est pas forcément mieux que des épaules osseuses. Si cela arrivait, il vous faudrait vous efforcer chaque soir avant de dormir de vous tenir une heurette les coudes en arrière en les plaquant contre les hanches et en bombant la poitrine. Faites-le discrètement sans regard alentour. C’est une posture de volaille qu’il vaut mieux garder pour vous seule. Mais c’est ainsi. N’oubliez pas : entretenir avant tout ! Telle est notre malédiction.

Diane de Monjouy

La déesse Laure et ses belles épaules (entre autres, la partie émergée étant bien généreuse)


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