Contre la vilaine haleine


Fi !

Vous vous êtes faite belle, vous vous êtes atournée et parfumée en vue d’un gracieux moment avec votre doux ami… Le voilà près de vous, il vous tient délicatement en ses bras, se penche pour cueillir vos lèvres. De plaisir, vos paupières se baissent… mais pas suffisamment pour remarquer une fugitive expression de dégoût sur le visage de l’aimé ! Le charme est rompu. C’est un signe qui ne trompe pas et qui doit vous amener à vous poser cette question : accordez-vous bien à votre bouche tout le soin qu’elle mérite ?

Car vous auriez tort de croire qu’il s’agit de farder ce précieux organe de votre personne pour le rendre désirable. On dit souvent « cueillir des lèvres » comme s’il s’agissait de cerises. Mais au moins les fruits ont-il la chance d’être naturellement juteux et parfumés. C’est hélas beaucoup moins le cas pour notre bouche ! Nous pouvons veiller à la plus grande propreté à notre personne, si nous n’accordons pas une attention toute particulière à cet organe, soyez assurée que le fumet d’égout (pardonnez la hardiesse de l’expression) qui en sortira sera le meilleur moyen de faire fuir l’aimé.

Et inversement, il est probable que ce soit aussi monsieur qui, en mélangeant plats aillés et force verres de vin, rend déplaisantes des embrassades qui, loin de vous faire connaître les Cieux, vous donneront plutôt l’impression de donner à la couche conjugale des airs de porcil crasseux.

Quel que soit le cas, voici les conseils à suivre pour redonner à votre bouche l’aspect et la senteur d’un joli fruit, mais aussi pour redonner à monsieur l’haleine d’un gentil dorlot de récit galant.

  • Tout d’abord, si vous avez mangé de l’ail, croquez des noix. Vous pouvez les prendre en infusion avec de la fleur d’oranger, c’est radical.
  • Les infusions de menthe, de cannelle et de mélisse sont aussi un bon expédient. Prenez-en dès le saut du lit et une heure avant un rendez-vous galant.
  • Ne négligez pas la surveillance des perles à l’intérieur de votre bouche. Trop souvent de petits morceaux de nourriture s’y coincent et y pourrissent, répandant une mauvaise odeur. N’hésitez pas à vous rincer vigoureusement la bouche avec de l’eau dans laquelle vous aurez mis deux grammes de teinture de thymol (l’essence de citron est aussi très bien), voire à gratter les interstices entre les dents avec ces minuscules et ingénieux couteaux en bois que l’on trouve depuis peu chez les apothicaires.
  • Parfois, les mauvaises odeurs viennent de l’état de l’estomac. En ce cas, une bonne purgation peut régler l’affaire. Certes, je sais ce que vous allez me rétorquer, que cela n’est guère agréable, pas très noble. Je vous répondrais qu’à mon avis, mieux vaut que l’embarras sorte par le bas que par le haut, à un pouce des lèvres aimées.
  • Dernièrement nous avons vu l’arrivée de pastilles de myrrhe. Certaines dames du château auraient l’habitude d’en garder en permanence dans un coin de leur bouche. Pourquoi pas ? Mais gardez à l’esprit que ce n’est là qu’un expédient en cas d’imprévu, qui ne saurait remplacer de saines habitudes.

À vous mesdames d’essayer ces remèdes et de me dire s’ils ont redonné de l’éclat aux embrassades. De votre côté, n’hésitez pas à donner vos tours pour embaumer la rose, nous les publieront dans La Gazette.

Et pour rester dans les allusions florales, sachez que je parlerai prochainement du problème délicat du retard dans les fleurs.

Diane de Monjouy

Oui !

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