Extrait (5) Les Déïmos

XIII
Les Déïmos

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Pour faire simple, disons que les Déïmos – avec prononciation du -s à la fin – étaient au roi ce que les Callaïdes étaient à la reine. Non qu’il faille comprendre que des hommes beaux et cultivés se réunissaient avec le roi pour cailleter arts dans son salon, de cela il n’en était question et du reste Marceau s’en souciait comme de sa première radeuse. On pouvait les comparer à leurs homologues féminines uniquement en ce qu’ils étaient au nombre de cinq et eux aussi étaient supposés incarner des personnages mythologiques. Des personnages de guerriers s’entend et du coup il n’était pas question pour eux de montrer leur adresse dans le maniement du vers ou de la mandoline, mais d’être ce qui se faisait de mieux dans le royaume dans l’art d’égorger et de perforer.

Pourtant peu de personnes pouvaient se targuer d’avoir été témoin de cette légendaire maîtrise. Les cinq Déïmos s’entraînaient entre eux sans que nul – le roi excepté – ne soit autorisé à pénétrer dans leur lieu d’entraînement pour les observer. Certains vieux maistres d’armes savaient tout de même de quoi il en retournait car il pouvait arriver que l’un d’eux ait entraîné un certain temps dans le passé un jeune chevalier prometteur, chevalier qui par la suite avait si bien évolué qu’il avait acquis le rang de Déïmos. On s’en tenait alors aux souvenirs du maistre qui affirmait que déjà, à l’époque, le Déïmos en question avait été prodigieux. Et de fait, ce n’était certes pas une exagération.

En réalité, ceux qui avaient vu de près leur adresse n’étaient plus là pour en parler car leurs entraînements mis à part, dégainer leur épée signifiait pour eux entrer dans un combat qui avait neuf chances sur dix de finir avec le sang de l’adversaire décorant le sol. La chance restante ne signifiait pas une défaite pour eux, juste qu’ils avaient préféré épargner une vie.

À quoi servaient-ils ? À représenter le roi dans des questions d’état. Rendus exsangues par des guerres continuelles, les différents royaumes avaient estimé que le moment était venu de résoudre les problèmes autrement qu’en fauchant régulièrement toute la saine jeunesse de leur peuple. Aussi on imagina, quand deux royaumes connaissaient un différend, de régler la question non pas en envoyant plusieurs dizaines de mille âmes au massacre mais en choisissant de chaque côté un champion pour régler cela dans un duel. Et à ce petit jeu, les Déïmos étaient redoutables. Forts d’une culture séculaire assez exceptionnelle de la pratique des armes, ils avaient des équivalents au sein des autres royaumes, mais ces équivalents avaient souvent du mal à être vus comme des rivaux. Aussi bien certains monarques commençaient-ils à s’impatienter d’un système essentiellement à l’avantage du roi Marceau et d’aucuns commencèrent à craindre une reprise des conflits à l’ancienne manière, avec force fauchage d’âmes fraîches.

Les Déimos, c’est un peu la Delta Force dans Les Callaïdes. Un problème ? Comme avec Batman et Robin, il n’y a qu’à les appeler et les difficultés ne seront plus qu’un lointain souvenir. Aussi restent-ils sagement dans la position de personnages secondaires, du moins pour le moment, histoire de laisser les autres personnages patauger un peu dans leurs tracas.
Et puis, tout n’est pas non plus parfait dans cette petite bande de cinq épéistes d’exception. Il y a en effet un sérieux grain de sable. Voire même un deuxième. Les conséquences des actions de ces éléments défectueux (chacun ayant aussi ses raisons de l’être) n’apparaîtront que lors du livre III.

Gaspard Auclair

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