Un petit vendangeur enlevé par un aigle !

 

On parle souvent des méfaits de certains bandouliers dans nos campagnes, mais on oublie de parler de ceux émanant de bêtes inattendues. Bien sûr, par inattendues nous ne pensons pas aux loups, aux sangliers ou autres ours, espèces qu’il est toujours bon d’avoir à l’œil. En fait, nous songeons surtout aux espèces du ciel.

On sait ainsi que récemment, une horde de corbeaux affamés a fondu sur un contrôleur des finances pour le dépecer au milieu d’un sentier. Nous ne nous joindrons pas aux ricanements que ce triste fait a suscités, l’homme était marié, avait cinq enfants, nous estimons que la situation est assez navrante pour ne pas se gausser d’un homme qui n’a pas forcément choisi son odieux métier.

Mais cette race de volatile n’est pas la seule à surveiller puisque c’est en pleine campagne, à une lieue et demi de notre ville, que s’est produit il y a quelques jours un fâcheux incident.

Un enfant, le petit Bertrand Cochard, avait été envoyé dans des vignes afin d’entrer en apprentissage et ramener à sa famille quelque menue monnaie. Peu disposé aux études, un peu porté sur la paresse, le garçonnet de sept ans avait pour mission de récolter des grappes de raisin pour une vendange prometteuse. Il faut croire que la paresse n’est pas toujours récompensée car, alors qu’il lambinait dans sa tâche et qu’il quittait en douce une vigne pour lanterner dans une prairie non loin, un aigle impérial a fondu sur lui pour s’en saisir et le mener sans doute à quelque nid haut perché !

Heureusement, l’enfant, un peu gras, un peu lourd (dans tous les sens du terme d’ailleurs), a fait comprendre au prédateur qu’il lui serait ardu de le porter longtemps. Il le lâcha quelques secondes plus tard, mais à huit bons pas de hauteur tout de même !

L’enfant a survécu à sa chute mais une paysanne qui a assisté à la scène assure que le bruit de sa tête heurtant le sol était bien horrible. On raconte d’ailleurs qu’il est revenu chez sa famille encore plus idiot qu’à l’accoutumé, et même plus paresseux, si cela était possible.

Commentaire de sa propre mère : « L’aigle a dû comprendre que Bertrand n’en était pas un, d’aigle. Si cette aventure pouvait lui faire passer l’envie d’être fainéant ! »

Chère madame, avec une caboche aussi dure que la sienne, rien ne me semble moins sûr, hélas !

Antoine Faumiel

Je laisse au lecteur la surprise de découvrir qui est Bertrand Cochard.

Gaspard Auclair

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