Callaïdonna de la Tristesse

On a appris en début de semaine la disparition d’Eiichi Yamamoto, réalisateur de films d’animation connu pour avoir travaillé auprès d’Osamu Tezuka mais surtout réalisé une œuvre d’art totale : Belladonna de la Tristesse.

J’avais visionné autrefois ce film, mais dans une médiocre copie issue d’une VHS, et le charme n’avait pas opéré.

Mais il y a cinq ans, un distributeur français, Eurozoom, a eu l’idée de le diffuser en France, à Paris comme en province, dans une copie restaurée. Ça tombait bien, un cinéma à une vingtaine de kilomètres de chez moi le diffusait, aussi n’ai-je pas hésité pour aller le revoir. Le premier visionnage avait été mitigé, mais j’avais souvenir d’un film hors norme qui, vu dans de bonnes conditions, avait de quoi m’offrir un bon petit choc esthétique.

Ça n’a pas raté : cette adaptation très personnelle de La Sorcière de Michelet, m’a tout de suite happé et c’est moitié comateux que j’ai quitté la salle obscure une heure et demie après.

L’histoire nous conte les amours malheureuses entre deux paysans, Jean et Jeanne. Cette dernière, belle et désirable jeune femme, suscite l’intérêt de son seigneur qui la violera, la fera violer, et amputera Jean de son bras. Jeanne n’aura plus qu’à devenir une sorcière pour se venger.

Histoire sombre donc, franchement adulte. Il faut bien profiter au début du générique enlevé et champêtre car ça se gâte après très vite. Et graphiquement parlant, Yamamoto n’y va pas avec le dos de la cuillère pour symboliser un viol :

Oui, Belladonna est une œuvre sombre et violente. Mais belle, aussi, et incroyablement inventive et riche dans ses renvois artistiques.  Vous aimez Klimt ? Vous apprécierez Belladonna. Vous aimez Mucha ? idem. Redon ? Itou. Schiele ? Bienvenue ! Le tout porté par une musique remarquable de Masahiko Satoh, musicien surtout connu pour ses compositions de jazz mais qui livre ici une B.O. alternant free jazz, romances un brin pop et morceaux psychédéliques.  Vous pensez que Yellow Submarine est l’ultimate trip en matière d’animation ? C’est que vous n’avez pas vu Belladonna !

Et les Callaïdes dans tout ça ? C’est très simple. Dès le début, l’histoire était conçue pour tourner autour de la relation entre une dame de compagnie (Charis) et un apprenti chevalier. Ce dernier se nomme Jan d’Alverny. « Jan », comment faut-il prononcer ? Jean ou Yann ? Le lecteur est libre de faire comme ça lui chante mais moi, c’est clairement « djanne » que j’avais en tête, soit la prononciation japonaise de « Jean ». 

Et pour ce qui est de l’évolution de leur relation, tu devineras, ami lecteur (pour reprendre l’expression consacrée de narrateur des Callaïdes), qu’il y aura quelques hauts et de nombreux bas, parfois abyssaux.

Bref, pour le cas où, après vingt articles parus sur ce site, le lecteur n’aurait pas compris, les Callaïdes, c’est 40% de lumière et 60% d’ombre. Je vais m’efforcer de travailler pour améliorer l’équilibre mais franchement, ce n’est pas gagné.

Dans tous les cas, RIP Eiichi sama ! Et merci.

Laisser un commentaire