Extrait (4) De l’art de percer les peaux selon Kaspar de Costemore

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De l’art de percer des peaux selon Kaspar de Costemore

Ce n’était pas Kaspar de Costemore qui aurait chigné de devoir quitter un salon rempli de femmes, quand bien même il s’agirait de la reine et des Callaïdes. Pour lui, les bonnes femmes se limitaient à un exercice aussi banal que de raser sa barbe. Le rasoir lui permettait d’enlever les poils importuns, une femme lui permettait d’ôter de ses bourses ce liquide sans lequel il se sentait plus concentré pour faire ce qu’il faisait le mieux, percer des peaux. Âgé d’un an de plus et arrivé à peu près au même moment que Jan pour commencer son apprentissage de chevalier, il n’avait pas tardé à montrer aux maistres d’armes combien il se démarquait de ce flandrin rêvasseur et sans coffre. Les protections que les apprentis mettaient pour faire en sorte que les entraînements ne soient pas trop douloureux n’y changeaient rien : chaque semaine se terminait par un lot d’éclopés qui devaient se rendre auprès des maistres médecins tout en maudissant Kaspar d’avoir été une fois de plus incapable de brider sa force. Jusqu’à présent personne n’avait été tué mais on avait dénombré quelques malheureux suffisamment blessés pour devoir faire une croix définitive sur leur avenir de chevalier.

D’emblée, Kaspar avait détesté Jan. Et ce dernier, sans aller jusqu’à un sentiment du même ordre, n’avait pas senti pousser en lui une grande sympathie pour cet individu brutal et ordurier.

Les quelques fois où ils avaient dû s’affronter n’avaient pas dégagé une supériorité de l’un sur l’autre. Lors de leur premier affrontement, Jan avait rapidement pris le meilleur sur Kaspar et l’avait piqué à l’épaule droite. Blessure juste assez profonde pour faire immédiatement couler le sang, scellant la fin du combat et désignant le vainqueur.

Kaspar n’en avait pas dormi d’une semaine, ruminant une défaite honteuse car émanant d’un niaiseux efféminé qui l’insupportait. Lorsque vint le jour d’un deuxième affrontement, c’est Jan qui se retrouva rapidement en difficulté. L’autre avait dû méditer tout son soûl sur son style de combat et l’avait rapidement pressé contre un mur à coups puissants et redoublés. Pourtant, connaissant la vitesse et la capacité de Jan à sortir un coup prenant au dépourvu son adversaire, chacun s’était dit que Kaspar, à son habitude fulminant d’une rage intérieure qui le faisait à chaque fois perdre quand il joutait avec un maistre, pouvait à tout moment voir son autre épaule être elle aussi décorée d’une jolie tache rouge. Mais cela n’arriva pas. Ce fut Jan qui vit sa main gauche décorée de pareille tache. Et de bien plus rude manière encore ! Kaspar la lui avait transpercée. Le combat s’interrompit aussitôt et les deux maistres s’étaient précipités pour inspecter la blessure. Fort heureusement, la lame n’avait sectionné aucun tendon crucial pour le maniement d’une arme, notamment les callibors, ces dagues que les chevaliers pouvaient utiliser en complément de leur épée, ou encore un arc, arme que tout vrai chevalier se devait aussi de savoir tâter.

Bon, on l’aura compris, il y a pas mal de femmes dans Les Callaïdes. Mais des bonshommes, il y en a aussi, et pas forcément des plus aimables. Kaspar de Costemore est de ceux-là. Pas non plus le mauvais bougre le père Kaspar, mais enfin, son obsession à chercher de mauvaises querelles auprès de Jan d’Alverny ne contribue pas à le rendre sympathique. Quant à son regard porté sur le beau sexe (on dit « gent sexe » dans les Callaïdes), il n’est guère aimable lui non plus. Lorsqu’on est chevalier et qu’on a la chance d’évoluer dans un univers où se trouvent des Callaïdes, on fait preuve d’un peu plus de galanterie que diable ! Cette survirilité peu amène sera en tout cas malicieusement égratignée par deux des Callaïdes en fin de chapitre.
Pour ce qui est de son importance dans ce début de cycle, Kaspar appartient plutôt à la catégorie des personnages secondaires. Du moins au début… ça évoluera doucement par la suite.

Gaspard Auclair

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