Goton

Définition du DRA (Dictionnaire Royal Académique) :
Goton : nom féminin d’origine kirklandaise. Là-bas il signifie servante. Au Royaume on l’utilise, parmi les nombreux termes servant à désigner les servantes, soit pour les filles de ferme ou de cuisine, soit pour les servantes malpropres, vulgaires, et de mœurs relâchées.

Extrait du Voyage au Kirkland, d’Alexandre Musad :
Le lecteur sera surpris d’apprendre que les Kirklandais utilisent le terme « goton » pour désigner les servantes d’auberge. Oui, ce même terme que nous utilisons, nous, pour désigner des filles d’étable ou des servantes crasseuses qui vendent volontiers leurs charmes – bien hypothétiques et bien crasseux eux aussi. L’appropriation du terme vient sans doute du voyage fait autrefois par le baron Rodolphe d’Étrières, grand amateur d’ancelles, qu’elles habitassent dans un château, une auberge ou une taverne, mais à la condition qu’elles fussent fort propres. Lors de son séjour, il en fut pour ses frais car il remarqua assez vite que les servantes qu’il croisait dans les auberges de son itinéraire, non contentes d’avoir des dents chevalines, une carcasse osseuse et d’horribles cheveux filasses, parlaient haut d’une  grosse voix de rogomme, avaient des gestes indécents avec les clients, et répandaient surtout une odeur de terrier qui lui levait le cœur. Il est revenu de son voyage les couillons bien chargés de semence mais avec la consolation de rapporter ce beau mot que les jeunes filles de bonne famille considèrent comme la plus terrible des insultes.
Pour ma part, je souscris assez à la description qu’il a fait de la servante d’auberge kirklandaise, même s’il y a parfois eu des exceptions lors de mon voyage, surtout au nord et à la capitale. En fait, pour donner un point de comparaison, si par malheur le lecteur doit parfois traverser le quartier de Claquart, eh bien les gotons sont exactement comme les gotons des tavernes de ce sinistre quartier.
Dans un but documentaire pour une œuvre que j’étais en train d’écrire, je m’y étais rendu un soir. D’abord, j’en vis une qui se soulageait la poche à pisse en pleine rue, accroupie et adossée à la façade de l’établissement où elle travaillait ! Cela eût dû me faire tourner les talons pour retourner chez moi à écrire en me contentant de mon imagination mais non, mû sans doute par une curiosité malsaine, je poussai la porte pour m’installer à une petite table poisseuse où une créature tenant à la fois de la femme et du poisson-chat vint me retrouver pour me demander ce que je voulais. C’était une voix rocailleuse d’où émergeaient des hoquets avinés. Nous étions à la fin de la journée, la gaupe avait dû s’accorder de nombreux verres pour se donner du courage. Ajoutons au tableau des moustaches, des épaules de cardeur, une grossière décollade qui dévoilait les trois quarts de gros et gras tétons qui avaient dû être maintes fois tripotés par des gueux – à en croire des traces de doigts noirâtres qui les maculaient. Inutile de peindre le visage, le lecteur aura deviné sa laideur, et comme du reste je dois me rendre dans une heure chez l’ancienne Callaïde dame Elisabeth, je préfère ne pas m’encombrer l’esprit de fétidités avant de m’emplir la vue de beau. Dépêchons-nous donc de terminer.
Je commandai un mauvais verre de vin rouge qu’on me rapporta dans un… objet qui, à ce qu’il paraissait, faisait office de verre dans le bouge. Il me permit de voir de plus près la propreté des doigts qui le tenaient et qui le posèrent sur la table collante. Je garde encore en moi une image fort vive de ces ongles qui donnaient l’impression d’avoir raclé tous les pires endroits de la taverne. Inutile de préciser que je ne touchai pas à mon verre. Je restai une heurette à observer, et à écouter, me disant que si j’avais un jour l’envie de faire un dictionnaire des grossièretés, je savais où me rendre pour en faire provision. Et l’horreur fut atteinte lorsque je vis la goton s’installer plaisamment à côté d’un homme assez bien mis, probablement un bourgeois aimant à s’encanailler, pour lui donner des coups de coude complices, rire fort, plaisanter gras, avant de passer la senestre sous la table et d’effectuer un mouvement suspect avec son bras, tandis que le compagnon d’immondices devenait de plus en plus rubicond. Je quittai la salle.
Et moi, je quitte mon secrétaire, me maudissant d’avoir ravivé cette sinistre vision qui va m’empoisser l’esprit chez dame Elisabeth. Maudits Kirklandais, tout cela est de leur faute !

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