La marchande de quatre-saisons (1) : Le cul émergé

Pauline a toujours eu un sommeil agité, ce qui explique pourquoi, ce matin-là, elle m’offrit un spectacle insolite mais pas nécessairement désagréable.

Déjà levé, attablé pour manger un bout avant de me rendre au marché de la ville, je me repaissais autant de ce que j’avais dans mon assiette que de la vue de son beau cul – la robe de nuit bien retroussée jusqu’aux hanches – qui émergeait de deux pans de la courtepointe malicieusement entortillée autour de la belle masse, comme un écrin pour me donner à voir le joyau de chair, mais aussi me donner une furieuse envie de retourner au lit pour réchauffer ce globe qui, à l’air comme cela, risquait de prendre froid.

D’ailleurs, la modeste collation du matin achevée, je n’y tins plus et m’approchai. Il luisait à la lumière apportée par la fenêtre, bien bombé et lisse, malgré ses trente-cinq années d’existence. Certes, quelques signes d’affaissement, d’imperfection, de travail du temps sur la chair, l’émaillaient çà et là. Enfin, « émailler », c’était à voir. Je ne suis pas de ceux qui ne jure que par la perfection qu’offre la jeunesse, et entre un beau papier fraîchement fabriqué et une feuille qui a été pénétrée par plusieurs années, qui a vu son éclat se patiner et son odeur non pas se faner mais s’imprégner du temps, j’ai toujours préféré la deuxième.

C’est un peu curieux de parler d’odeur quand on évoque un cul, j’en conviens. Au moins celui de ma femme présentait-il les signes de la plus grande propreté. Pour la décence, c’était autre chose. Affalée sur le ventre, se servant de ses bras recroquevillés devant elle comme d’un oreiller, surtout le ventre relevé justement par l’oreiller qui avait dû glisser par les innombrables contorsions nocturnes de Pauline, elle donnait à voir non seulement le cul, mais aussi deux orifices qui, vraiment, me faisaient me demander s’il était bien nécessaire, toutes réflexions faites, de me rendre au marché.

Mais voilà, il était certaines heures pour ces orifices, et les heures matinales n’en faisaient pas partie. Dans un monde idéal, c’est-à-dire permettant des audaces que l’on ne trouverait que dans des romans érotographiques, j’eusse entrepris quelque expédition dans ce vallon modérément herbu et accueillant. Mais c’était à se risquer à récolter de vives récriminations, voire des horions.

Du moins ne pouvais-je partir en n’emportant pas avec moi un beau souvenir pour m’égayer tout le long de l’heure de marche qui me séparait jusqu’au marché. J’eusse pu le baiser ou le caresser. Au lieu de cela, je ne sais pourquoi, je le claquai de la paume. Peut-être même un peu plus vivement que je ne l’eusse souhaité car je fus surpris du bruit provoqué par la rencontre des deux épidermes, bruit qui fut suivi d’un aïe ! et deux billes noires furieuses que des paupières à demi relevées firent apparaître.

« Excuse-moi ma douce, c’est qu’un guibet allait te piquer les fesses. »

Au geste déplacé dont je ne pouvais saisir la cause suivaient ces mots idiots à l’origine tout aussi incertaine. Le cul s’immergea au milieu de la courtepointe et je n’eus plus devant moi qu’une masse ronchonnante se ramassant sur elle-même pour mieux retrouver le sommeil au milieu de sons mêlant insultes murmurées et imprécations rognonnées.

À suivre…

2 comments

  1. Douce, douce, il faut le dire vite.
    Nous verrons les dispositions plus tard, mais je crains que le narrateur n’ait pas fini d’en baver.

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